J’avais perdu le fil du temps. J’étais à l’affût des informations, n’importe laquelle, pourvu qu’elle concerne le Mali et qu’elle vienne de sources vérifiées. Vivre dans un pays en guerre, c’est se découvrir chaque jour des caractères insoupçonnés. C’est porter l’espoir, même quand il n’en reste plus ; pas pour soi, mais pour ses proches. Cette guerre m’a fait comprendre des vérités amères : que tous les voisins ne sont pas des soutiens, que l’ignorance et le manque d’éducation sont parfois pires que les balles, et que l’information véritable est devenue de l’or.

Le réveil dans la peur
Samedi 25 Avril, le matin. Le Mali se réveille apeuré par des tirsattaques simultanées, coordonnées dans des zones stratégiques : Mopti, Gao, Kati, et Kidal. Les groupes armés disent avoir repris le contrôle de la region de Kidal. Au début, je ne mesurais pas la gravité de la situation. Jusqu’à ce que je vois, sur les médias internationaux, l’annonce de la mort du ministre de la Défense Sadio CAMARA (paix à son âme). Ma première réaction a été un frisson, une grande tristesse. Le ministre de la Défense?… comment espérer encore ?
La guerre de l’information
Le premier combat, c’est l’information. Pas de signe de la télé nationale, aucune nouvelle officielle. L’inquiétude se ressentait jusque sur les réseaux sociaux, pollués par de fausses informations partagées en masse par des gens pensant faire quelque chose de noble. C’est une réalité frappante : la presse internationale semble mieux informée, même si ce qu’ils disent t’enlève tout espoir. Sur YouTube, comme par magie, les titres défilent : Le Mali dans le noir, les groupes armés vont-ils prendre le pouvoir ? Affolée comme tout le monde, j’ai prié pour mon pays.
Le miroir de la barbarie
Mais après les infos, le constat est plus triste encore. La population adopte des comportements barbares. Les lynchages se multiplient. Dès que tu portes une barbe, un boubou, dès que tu as la peau claire… toute ressemblance avec l’image qu’on se fait d’un terroriste te condamne à être frappé, brûlé à mort. Je reste sous le choc de voir autant de violence entre nous, avant même que les terroristes ne rentrent en jeu.
Le sang des innocents
De sang-froid, on tue des innocents. Pensez-vous que leur sang sacrifié restera impuni ? Dès qu’une seule personne crie au terroriste, tout le monde: des enfants aux plus âgés, rassemble métaux, cailloux, branches de bois, et tue. C’est l’une des pires choses que l’on puisse perpétrer. Je ne peux pas imaginer ces enfants tuer sans regrets. Est-ce notre devoir de donner la mort ? Non. Livrez-les à ceux qui assurent notre sécurité, ils sauront quoi faire. Quelle différence y a-t-il entre une personne qui traîne un cadavre derrière sa voiture et un terroriste ? J’ai vu ces images circuler de téléphone en téléphone. Le plus choquant, c’est qu’on en rit. On oublie qu’une vie est sacrée.
Les racines d’un mal profond
Le Mali fait deux fois la taille de la France. Entre la corruption et la pauvreté, certaines régions se sont senties délaissées depuis fort longtemps. L’éducation, la santé, l’emploi restent des luxes. La famine et la précarité ont énormément contribué à créer cette situation. Attention, ce ne sont là que des causes qui ont empiré la situation, les racines réelles étant bien plus complexes et profondes. Mais je me rends compte aujourd’hui qu’il nous fallait plus d’intégration entre ethnies, regions du Nord, Sud, Est ou Ouest car pour certaines personnes le Mali ne se limite qu’à Bamako sa capitale.
La désillusion de la solidarité
Vous n’imaginez pas à quel point j’ai perdu foi en cette humanité. Cette solidarité dont on se vante tant en Afrique se perd dans les commentaires haineux de ceux qu’on pensait proches. On dirait que certaines personnes attendaient notre chute, se réjouissant de la désolation et de la mort des familles. Mais il y a des choses de l’histoire qu’on ne pourra pas oublier, surtout ce qui nous touche au fond du cœur.
L’adversité comme socle
Hier mardi, le Président s’est adressé à la nation. Ce que j’ai retenu, c’est que: « toute grande nation se construit dans l’adversité« . Alors on s’accroche, même si le moral est perturbé, même si la menace est proche. On se dit qu’il n’y a qu’une seule finalité de toute façon : la mort, qu’il y ait la guerre ou pas. Il est temps que la solidarité et la cohésion brillent encore plus. Je reste marquée par la résilience et l’amour que chacun porte à ce pays. Pour nous, c’est éternellement le Mali. Cette fierté s’accroît chaque jour, ensemble, dans les bons comme dans les mauvais moments. Notre sort, seul le Plus Puissant le sait. Et on a toujours foi. Un

Salut à tous merci de continuer à me lire ❤️, bisous🥰
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