Regardez-moi au-delà de l’effort : Est-ce que je tourne encore ?

Si la fille de joie que vous traitiez de tous les noms n’avait pas de clients, elle aurait arrêté ce métier. Regardons nous en face : nous sommes les clients de nos sacrifices, mais on se juge pour avoir accepté de les porter. Aujourd’hui, j’ai tant à dire qu’au final, je ne sais par où commencer.

Je rends d’abord hommage à la vie. Aux hommes et aux femmes qui croient encore en de vertueuses valeurs pour évoluer.

Aujourd’hui, le feu de bois n’a pas marché. Le repas a pris plus de temps que prévu. Les yeux accusateurs guettent de tout côté.

Au travail, mon responsable m’a fait une proposition très peu professionnelle.  » le pétit plus que tu as à donner? »

« Ah, qu’est-ce qu’elle est drôle ta petite blague sur les femmes… sa place est à la cuisine hein»

Une nuit blanche au côté de mon enfant un peu trop capricieux. Entre le harcèlement du bureau et l’épuisement du foyer, la frontière n’existe pas. C’est l’aube. Petit-déjeuner. Un tour au marché. Puis s’enchaîne le quotidien.

Le quotidien:

« Hein ? Une femme présidente ? Jamais possible ! »

« C’est ton devoir, tu n’es qu’une femme ! »

« Ta place est là, non là-bas, non juste de l’autre côté… Voilà ! » on sait ce qu’il y a de mieux pour toi »

Une fois grande, je jouerai au ballon et je serai championne.

« Impossible, le ballon c’est pas pour les femmes. »

Jusqu’à quand ? Arrêterons-nous de nous mettre dans des cases ?

Et quand on lève les yeux de nos fourneaux pour aller sur nos écrans, l’enfer continue. Sur les réseaux sociaux, c’est la curée. C’est dur de dire qu’entre femmes on se calomnie, on s’accuse, on s’insulte et on se moque du malheur des unes.

On en fait une comédie lors de la cérémonie de mariage de la seconde femme de son mari. Des blagues amères sur celles qui tentent d’être sérieuses. Jusqu’à quand cette concurrence aveugle entre nous ? Depuis quand décider pour sa propre vie est devenu un crime ?

« À quoi tu sers ? »

Le ménage si simple, elle n’a pas pu tenir… à quoi tu sers ?

Je lave, je nettoie, je frotte, j’essuie, je passe la serpillère, je ramasse, je range. Je suis fainéante, malgré tout.

Je cuisine.

«  autant de sel, autant de graisse ? Va me chercher du poivre, ça en manque par là. Cuisiner seulement ! »

L’enfant a eu une mauvaise note. Où est sa maman ? Qu’elle est irresponsable ! Tu ne sais même pas prendre soin d’un enfant. Éduquer un enfant seulement !

Je paye, je paye, je paye, je paye, je paye.

« Je n’ai pas d’argent à te donner aujourd’hui, tu n’essaies pas de fournir d’efforts. 25fr seulement ! »

La porte fermée (Le cri étouffé)

Sous les coups, la société dit : « Chut ». Tu as sûrement dû le mettre en colère.

On ferme la porte de la chambre, on baisse les yeux dans la cuisine. On nettoie le sang comme on nettoie la vaisselle : en silence.

Sous le viol, la société dit : « Chut ». Tu as sûrement provoqué cela.

À sa mort, c’est sûrement Dieu qui l’a voulu ainsi.

Ma tête est lourde aujourd’hui. J’ai des larmes au coin de l’œil quand je pense aux conditions dans lesquelles vivent encore certaines femmes. Elles donnent tout ce qu’elles ont pour pouvoir tenir ces responsabilités qui, lorsqu’elles sont jugées trop lourdes, créent la polémique.

« Il faut subir », clame-t-on dans nos chansons. Mais ces temps sont révolus.

Vivre dans l’ombre, soutenir, s’oublier, ne pas se mêler… ne serait-ce pas mourir en vivant ? On parle tant de l’importance de ces femmes sans qui rien n’est possible, mais pourquoi souffrent-elles toujours ?

Regardez-nous au-delà de l’effort. Mentalement, on ne s’est jamais posé la question : est-ce que ça tourne toujours ? Est-ce que ça va réellement ?

Peintre, journaliste, danseuse, avocate, ménagère, prostituée, coiffeuse… toutes sont des femmes qui, par le destin, portent l’évolution de cette société. Elles empruntent des chemins jugés trop honteux par ceux-là mêmes qui les y ont poussées.

Nous bâtissons vos mondes, mais dans quel coin du vôtre avons-nous enfin le droit d’exister sans honte ?

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