Quand les cœurs s’endurcissent, la violence devient monnaie courante



Dans mon pays, l’esprit est court, et les actes de violence se multiplient. Nous restons là, les bras ballants, à regarder. Pour beaucoup, cela ne les concerne pas, mais ils oublient trop souvent que si l’on n’aide pas son voisin à éteindre le feu de sa maison, c’est la nôtre qui brûlera.
Une personne est morte, et des milliers de personnes meurent dans le monde, mais quelle a été la particularité de ce dernier décès ? C’est qu’il a révélé toute la violence d’une jeunesse frustrée, le cœur rempli de jalousie et de rancœur, pensant que son mauvais sort est la cause du succès de son prochain.
La vie humaine est sacrée, et nous semblons l’avoir oublié. On tue et on se justifie, et le plus choquant de tout cela est d’être soutenu.

La plupart d’entre vous ont entendu parler d’Abdoulaye Macalou, ce jeune artiste rappeur malien talentueux de 23 ans, tué par ses semblables, des habitants de son propre quartier (que son âme repose en paix). Ils l’ont lynché tel un animal alors qu’il n’avait ni volé ni tué. Je sais que ces raisons ne devraient pousser personne à ôter la vie, mais c’est pour vous montrer l’absurdité et la lâcheté de toutes les personnes qui ont participé à ce meurtre. La raison de cet acte de violence, selon eux, est qu’il aurait insulté et manqué de respect. Toute personne saine d’esprit devrait-elle tuer quelqu’un pour de telles raisons ?


Ce qui doit interpeller chacun, c’est la déperdition de la jeunesse du Mali. Elle n’excelle presque nulle part, à part dans l’ostentation, la violence et l’orgueil. Même ceux qui accomplissent de belles choses ne sont pas mis en lumière. À la moindre futilité, le monde s’affole. Nous sommes là, assis, et chacun se plaint de la situation du pays, alors que personne n’agit réellement.
La mort de ce jeune m’a beaucoup touchée.

Comme beaucoup, je l’ai aussi connu par l’intermédiaire de mes frères qui aimaient l’écouter. J’ai commencé à apprécier son style singulier, un mélange harmonieux de bambara et d’anglais. Ils l’ont tué, et cela aurait pu être moi, toi, ou l’un de nos frères. Il ne s’agit pas d’une simple histoire d’insultes comme seule cause de ce déchaînement d’aigreur et de sauvagerie. L’histoire va bien au-delà, et nous devrions tous, désormais, avoir peur pour notre vie.
Je ne crois plus en l’humanisme de ce pays. Je ne pointe pas du doigt tout le monde, mais une grande partie. Je vais acheter à manger et demande qu’on n’ajoute pas d’oignons. Le vendeur en ajoute quand même. Lorsque je reviens mécontent, une grosse dispute éclate. Jusque-là, l’histoire est compréhensible. Les disputes dégénèrent en bagarres, qui se transforment en règlements de comptes où la foule se croit le droit de te frapper parce que tu es arrogant, comme si tu leur avais fait quelque chose. Je ne vais pas juger qui avait raison ou tort, mais il ne devrait pas y avoir de mort.
Les gens vivent ensemble, mais ne s’aiment pas réellement. Beaucoup font semblant et feront tout pour te détruire le moment venu, et c’est ce qu’ils ont fait.
Ce pays, qui se vantait tant de ses valeurs de solidarité, d’humanité et d’amour du prochain, a beaucoup changé. Les causes sous-jacentes sont très nombreuses, et personne ne les prend en considération.

  • Le manque d’éducation : L’éducation en famille et l’instruction à l’école sont devenues presque sans intérêt. Les grèves incessantes, le dérèglement du système, le manque d’éducation parentale, l’absence de repères et de communication avec les jeunes au sein de la famille. L’absence d’esprit critique fait que les gens se suivent les uns les autres comme des moutons.
  • La pauvreté : Le chômage, l’oisiveté, le désespoir, le banditisme… voilà ce que deviennent certains jeunes. Ils finissent par devenir des « ratés » et ne sont obsédés que par l’argent facile, prêts à tout pour cela. La pauvreté crée des frustrés, des personnes qui accusent les autres de leur situation.
  • La guerre, les crises politiques : Le Mali est dans une situation où la réalité est dure à accepter pour beaucoup. Cela impacte fortement la jeunesse.

Ce qui s’est passé est désolant. Les personnes qui continuent de parler en mal du défunt doivent réellement se remettre en question. On l’a tué, et je le répéterai mille fois s’il le faut : il n’y a aucune justification à un assassinat. Ils ont été injustes, ce sont des gens misérables qui ont commis cet acte, et les mêmes gens misérables qui le soutiennent.
Il est temps de mettre fin au lynchage. C’est un signe de lâcheté, de manque d’esprit critique, de brutalité, de sauvagerie. Vous n’êtes personne pour faire votre propre justice. Les autorités doivent réellement prendre des mesures contre de tels actes afin qu’ils ne se reproduisent plus jamais.
Pour une âme que vous ne pourrez jamais rendre ;
Pour un souffle de vie arraché de force ;
Pour cette compagne et cette famille laissées dans la solitude ;
Pour le cœur brisé d’une maman ;
Pour l’espoir de milliers de personnes anéanti…
Nous réclamons justice pour Lord Makhaveli (que son âme repose en paix et que l’au-delà lui soit meilleur qu’ici). C’est le vrai visage du pays qui se révèle. Il est temps pour nous tous de prendre conscience qu’en ayant de mauvaises intentions les uns envers les autres, personne n’ira loin.
Je crois que Lord mérite une statue, un monument de paix, un espace dédié en son nom pour avoir montré notre pays sous ses beaux jours, pour avoir tant vanté le nom de son quartier, même s’il n’a été remercié qu’avec ingratitude. Il mérite un hommage digne de ce nom pour avoir été tué aussi indignement.

Bonsoir cher lecteurs! Merci de me suivre et de liker 🫶. Je vous dit à très bientôt.

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